Jan Groover, Andres Serrano : 11 expositions de photographie à voir pendant Paris Photo

Photographie

Du 10 au 13 novembre, Paris vibre comme chaque année au rythme de la photographie avec la foire Paris Photo, qui ouvre demain au public sa 25e édition au Grand Palais Éphémère. En parallèle, de nombreux musées, galeries et autres institutions se mettent au pas de cette programmation autour des arts de l’image. Des natures mortes vibrantes de Jan Groover à la Fondation Henri Cartier-Bresson aux robots ultra colorés d’Andres Serrano chez Nathalie Obadia en passant par les clichés fantomatiques des jeunes étudiants des Beaux-Arts de Paris, découvrez 11 expositions de photographie à ne pas manquer aux quatre coins de la capitale.

Man Ray, “Noire et Blanche” (1926) © Centre Pompidou, Mnam-Cci /Georges Meguerditchian/Dist. Rmn-Gp © Man Ray 2015 Trust / Adagp, Paris, 2022

Man Ray, “Noire et Blanche” (1926) © Centre Pompidou, Mnam-Cci /Georges Meguerditchian/Dist. Rmn-Gp © Man Ray 2015 Trust / Adagp, Paris, 2022

1. Un regard décolonial sur la photographie d’entre-deux-guerres au Centre Pompidou

 

Paris, 1931 : alors que l’Exposition Coloniale Internationale ouvre ses portes dans l’est de la capitale et sur le site du bois de VIncennes, les artistes du mouvement surréaliste organisent une contre-exposition intitulée “La Vérité sur les Colonies”, afin de mettre à jour I’instrumentalisation de la photographie au profit des intérêts coloniaux de la France. Dans la lignée de cette manifestation ouvertement critique, la Galerie de Photographie du Centre Pompidou propose, dans son exposition “Décadrage colonial”, de présenter et d’interroger les stéréotypes coloniaux irriguant la scène photographique parisienne durant l’entre-deux-guerres. Aux côtés d’images de presse de l’époque et d’œuvres signées par les célèbres photographes Man Ray ou Henri Cartier-Bresson, des textes d’écrivains précurseurs de la pensée décoloniale, comme Léon Gontran-Damas ou Aimé et Suzanne Césaire, ponctuent l’exposition. Une ouverture salutaire pour interroger le regard photographique de l’époque et ses ambiguïtés, oscillant entre objectification des modèles noirs photographiés, fantasmes exotiques, prétentions scientifiques et volonté de déconstruire les stéréotypes.

 

“Décadrage colonial”, du 7 novembre 2022 au 27 février 2023 à la Galerie de photographie du Centre Pompidou, Paris 4e.

Isabella Hi, ”Fight or Flight”, photogramme, 2022, impression lambda Courtsey Le Fresnoy-Studio National des Arts Contemporains
Isabella Hi, ”Fight or Flight”, photogramme, 2022, impression lambda Courtsey Le Fresnoy-Studio National des Arts Contemporains

Isabella Hi, ”Fight or Flight”, photogramme, 2022, impression lambda Courtsey Le Fresnoy-Studio National des Arts Contemporains

2. Les fantômes et poltergeists chez les jeunes talents des Beaux-Arts de Paris 

 

Au cœur du quartier historique de Saint-Germain des Près, dans l’enceinte de la prestigieuse École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, la jeune création artistique contemporaine pose un regard sur les liens unissant photographie et spiritisme. “L’esprit invente des formes créatives de résistance pour faire face aux pressions de la vie moderne et les fantômes en font partie”, écrivait un jour le philosophe français Michel de Certeau. Dans la lignée de cette citation, les étudiants du prestigieux établissement parisien ont été invités à proposer leur travaux interrogeant les liens entre le processus photographique et l’apparition, inspirés par les manifestations de l’étrange ou encore les poltergeists. Entre corps immergés dans les profondeurs de l’eau, moulages de visages épars ou macrophotographies de coquillage aux accents fantastiques, ces jeunes talents capturent tous à leur manière ces moments où le surnaturel vient irriguer la réalité, dont le médium photographique agit alors comme un révélateur.

 

“Poltergeist : esprits frappeurs, esprits frappés”, jusqu’au 19 novembre 2022 aux Beaux-Arts de Paris, Paris 6e.

Jan Groover, ”Sans titre”, ca.1978 © Photo Elysée - Fonds Jan Groover
Jan Groover, ”Sans titre”, ca.1978 © Photo Elysée - Fonds Jan Groover

Jan Groover, ”Sans titre”, ca.1978 © Photo Elysée – Fonds Jan Groover

3. Jan Groover, figure précurseure de la photorgaphie en couleur à la fondation Henri Cartier-Bresson

 

Elle est une des figures majeures de l’histoire de la photographie. L’Américaine Jan Groover (1943-2012), dont le travail a contribué à donner à la prise de vue en couleur ses lettres de noblesse, fait cet automne l’objet d’une exposition à la Fondation Henri Cartier Bresson. La photographe ayant d’abord étudié la peinture abstraite a, toute sa vie durant, mené de nombreuses expérimentations. Dévoilant une grande variété de travaux, de ses natures mortes aux compositions presque abstraites mêlants plantes grasses et ustensiles de cuisine à ses clichés urbains, en passant par des fragments de corps découpés par le cadrage, cette première rétrospective consacrée au travail de l’artiste depuis sa disparition il y a dix ans ambitionne de présenter le travail d’une vie. Carnets de recherches et multiples documents d’archives se mêlent aux photographies au sein de l’exposition, afin de permettre au visiteur de comprendre l’ampleur des recherches menées par l’artiste tout au long de sa carrière.

 

“Jan Groover. Laboratoire des formes”, du 8 novembre 2022 au 12 février 2023 à la Fondation Henri Cartier-Bresson, Paris 3e.

John Yuyi, “Pay 3” (2018)
John Yuyi, “Pay 3” (2018)

John Yuyi, “Pay 3” (2018)

4. Le narcissisme 2.0 vu par John Yuyi à la 193 Gallery

 

Ses clichés aux couleurs acidulées mêlent une esthétique léchée à une ironie mordante. Séance de selfie nus dans un avion les toilettes d’un avion, autoportrait sur un socle de présentation de statue ou encore prises de vue en gros plan du visage de l’artiste sur lesquels des symboles – code barre, billets de banque ou encore coupons de réduction – semblent tatoués… une choses est sûre, John Yuyi aime se mettre en scène face à l’objectif. Mais derrière leurs abords amusants voire grotesques, les images de la jeune photographe taïwanaise posent un regard empli d’un humour presque grinçant sur le narcissisme 2.0. Pour sa première exposition personnelle parisienne à la 193 Gallery, l’artiste dévoile une série d’autoportraits questionnant le rapport des individus à leur propre image à l’ère post-Internet, et la façon dont celle-ci peut affecter leur identité propre. Le corps de l’artiste devient ici un support, porteur de messages tels que “What is love?”, “I am not a female Asian artist” ou encore “I am an artist”, en même temps qu’il interroge la surexposition de l’intimité sur les réseaux sociaux.

 

John Yuyi, “Yuyi’s Bodies”, jusqu’au 23 décembre 2022 à la 193 Gallery, Paris 3e

Etude de nu féminin, France, 1941 © Laure Albin Guillot / Roger-Viollet
Etude de nu féminin, France, 1941 © Laure Albin Guillot / Roger-Viollet

Etude de nu féminin, France, 1941 © Laure Albin Guillot / Roger-Viollet

5. Laure Albin-Guillot : une figure majeure de la photographie des années 30 à la galerie Roger-Viollet

 

Née en 1879 à Paris, Laure Albin-Guillot est une des rares femmes photographes qui furent célèbres de leur vivant et qui purent vivre de leur activité au début du 20e siècle. Artiste prolifique durant l’entre-deux-guerres, sa production a néanmoins largement été oubliée depuis sa mort en 1962, et ce malgré la présence de plus de 20 000 de ses épreuves dans les fonds de l’État. En 1964, l’agence Roger-Viollet en fait l’acquisition, et sa galerie lui consacre aujourd’hui une exposition personnelle. Avec son objectif, Laure Albin-Guillot a capturé des nus masculins et féminins audacieux, sans propos allégorique, mais aussi saisi sur pellicule la bourgeoisie parisienne de l’époque et ses figures émérites telles que le poète Jean Cocteau, l’écrivaine Colette, l’actrice Maria Casarès ou encore le peintre Raoul Dufy… Grâce à des collaborations avec de grands magazines de mode ou des entreprises de luxe, Laure Albin-Guillot s’est forgé un certain succès, devenant l’une des premières photographes à réaliser des campagnes publicitaires en France. Immortalisé sur ses clichés, dont elle n’hésitait pas à retravailler le cadrage et la lumière en chambre noire avant d’en tirer la version définitive, ce fragment foisonnant de la société française du milieu du 20e siècle est désormais à découvrir à la galerie Roger-Viollet.

 

“Laure Albin-Guillot, L’élégance du regard”, du 6 octobre 2022 au 14 janvier 2023 à la galerie Roger-Viollet,  Paris 6e.

Monument Valley, Utah, USA, 1962 © Ernst Haas Estate / Courtesy les Douches la Galerie, Paris
Monument Valley, Utah, USA, 1962 © Ernst Haas Estate / Courtesy les Douches la Galerie, Paris

Monument Valley, Utah, USA, 1962 © Ernst Haas Estate / Courtesy les Douches la Galerie, Paris

6. Les couleurs du Far West vu par Ernst Haas aux Douches la galerie

 

Entre 1952 et 1981, le photographe d’origine autrichienne Ernst Haas arpente l’Ouest américain muni de son appareil photo, au gré de commandes de magazines (Life) ou de publicités (la marque de cigarette Marlboro). Fasciné par les paysages telluriques qu’il découvre, le jeune homme qui posera définitivement ses valises à New York dès le début des années 50 refuse de se limiter à la bichromie noir et blanc encore majoritaire. Nommé vice-président de la prestigieuse agence de presse photographique Magnum en 1950, Ernst Haas détonne parmi ses pairs par sa maîtrise de la photographie en couleur – nécessitant une exposition plus longue lors de la prise de vue. Caractérisée par un habile travail du flou, des scènes mouvantes à la colorimétrie presque saturée – panneaux lumineux des casinos de Las Vegas, étendues rocheuses ocres du désert, robe isabelle d’un cheval… –, son style fera son succès aux États-Unis et à l’international, parvenant notamment à immerger les spectateurs dans les mythes du Far West, comme on peut le constater actuellement dans son exposition à la galerie Les Douches.

 

“Ernst Haas, The American West”, du 4 novembre 2022 au 21 janvier 2023 à Les Douches la galerie, Paris 10e.

 

Antoine Henault, "Florent, Açores", 2022. Série "Insolations" © Antoine Henault, Courtesy musée Delacroix
Antoine Henault, "Florent, Açores", 2022. Série "Insolations" © Antoine Henault, Courtesy musée Delacroix

Antoine Henault, “Florent, Açores”, 2022. Série “Insolations” © Antoine Henault, Courtesy musée Delacroix

7. Les clichés solaires d’Antoine Henault au musée national Eugène-Delacroix

 

Dans la chambre parisienne du grand peintre Eugène Delacroix (1798-1863), le jeune photographe français Antoine Henault expose actuellement une série de clichés intimes. Troisième lauréat du Prix Picto, qui récompense chaque année plusieurs talents prometteurs de l’image de mode, l’artiste âgé d’à peine trente ans inaugure à l’occasion du festival PhotoSaintGermain sa toute première exposition personnelle. Intitulée “Insolations”, celle-ci présente des photographies qui apportent, comme son nom l’indique, des lueurs solaires au discret musée national Eugène-Delacroix niché dans le sixième arrondissement, qui accueillait jadis l’atelier de l’artiste romantique durant la dernière partie de sa vie. Désormais, à travers ses clichés de fruits, de fleurs, de peaux halées, d’une nature verdoyante et de jeux de lumières dorées, les images imbibent cet espace de la chaleur douce d’un après-midi d’été.

 

“Antoine Henault. Insolations”, du 3 au 19 novembre 2022 au musée national Eugène-Delacroix, Paris 6e.

Anthony Cairns, “PXL CTY” (2021) © Anthony Cairns
Anthony Cairns, “PXL CTY” (2021) © Anthony Cairns

Anthony Cairns, “PXL CTY” (2021) © Anthony Cairns

8. Une plongée technologique dans les dessous des métropoles avec Antony Cairns à la MEP

 

Depuis dix ans, le photographe Antony Cairns a fait de la ville une obsession, passionné par sa topographie autant que par ses architectures en cours de construction. Dans le studio de la Maison Européenne de la Photographie, qui invite fréquemment de jeunes artistes contemporains à présenter leur travail, le Britannique né en 1981 dévoile un projet inédit explorant différentes métropoles telles que Tokyo, Las Vegas ou encore sa propre ville, Londres. Il y expose notamment des installations mêlant des enregistrements de fragments de ces villes sur des supports techniques déjà datés, telles que des cartes perforées et des Caméscope à très faible résolution. Ainsi, Antony Cairns exprime notre relation à l’espace urbain et à l’architecture à travers le prisme d’une technologie désuète, dans un univers presque dystopique imprégné par les récits et l’esthétique de la science-fiction.

 

“Antony Cairns. PXL CTY”, du 11 novembre 2022 au 15 janvier 2023 à la Maison Européenne de la photographie, Paris 4e.

Diana Markosian, "The Arrival" Series From America, Santa Barbara, 2019 © Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris
Diana Markosian, "The Arrival" Series From America, Santa Barbara, 2019 © Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris

Diana Markosian, “The Arrival” Series From America, Santa Barbara, 2019 © Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris

9. Entre fiction et réalité, le voyage initiatique de Diana Markosian à la galerie Les filles du calvaire

 

 

Plonger le spectateur dans ses propres souvenirs : tel est le projet de la photographe russo-américaine Diana Markosian (née en 1989) avec sa série Santa Barbara. À mi-chemin entre la fiction et le documentaire, ses photographies et vidéos recréent l’expérience du déménagement vécue par la photographe dans les années 90, lorsqu’elle et sa famille ont quitté la Russie à l’ère post-soviétique pour s’installer aux États-Unis. Inspirée par le glamour et les couleurs acidulées du soap-opéra américain des années 80 Santa Barbara, que ses parents aimaient regarder à la télévision avant de se rapprocher physiquement de ses paysages et de sa culture, Diana Markosian a engagé des acteurs pour interpréter les membres de sa famille dans des reconstitutions vidéos et photographiques. Dans un décor rose imitant le kitsch du feuilleton télévisé, l’exposition invite ainsi à naviguer parmi les bribes de mémoire de l’artiste, du petit-déjeuner en famille à un câlin mère-fille, en passant par l’anniversaire de son père… Jusqu’à l’arrivée fantasmée de la famille à Santa Barbara, seule sur un tapis rouge au milieu du désert californien.

 

“Diana Markosian. Santa Barbara”, du 28 octobre au 17 décembre 2022 à la galerie Les filles du calvaire, Paris 3e.

Andres Serrano, "Jumbo Machinder Shogun Warrior Robot" (The Robots), 2022 © Andres Serrano, Courtesy de l’artiste et de la Galerie Nathalie Obadia Paris / Bruxelles

Jan Groover, Andres Serrano : 11 expositions de photographie à voir pendant Paris Photo