Tops des Meilleures Séries 2022

Quelles sont les meilleures séries de l’année 2022 ? House of the Dragon, Andor, Euphoria, Cyberpunk : Edgerunners et Borgen sur Netflix…

En 2021, l’équipe d’Ecran Large avait rêvé, tremblé, pleuré avec Midnight Mass, Arcane, InvincibleMare of Easttown, Succession ou Rick et Morty..., élues parmi les meilleures séries de 2021.

En 2022, la ration de séries est tout aussi passionnante, avec des dragons, des blasters, des ados drogués, des super-héros pas si super, des politiques en crise, et une sélection de 15 coups de cœur de la rédaction.

LES 10 PIRES SERIES DE 2022 POUR NOUS : c’est par ici.

 

Quand on t’a refusé l’entrée

 

15. Cyberpunk: Edgerunners

Saison 1, 10 épisodes d’environ 25 minutes

Disponible sur Netflix

 

Cyberpunk: Edgerunners : photoTrou blood

 

Cyberpunk : Edgerunners en deux mots : Le jeune David Martinez vit dans la dangereuse Night City avec sa mère. Celle-ci finit par décéder dans un accident de voiture. Pour survivre, il va devoir subir des modifications corporelles extrêmes.

Pourquoi Cyberpunk : Edgerunners est cyber-géniale : Parmi toutes les séries animées adaptées de jeu vidéo qui fleurissent sur Netflix, celle tirée de Cyberpunk 2077 est de loin la plus hyperactive. Et pour cause, elle est l’œuvre du Dieu de l’animation Hiroyuki Imaishi et de son studio Trigger, qui nous avaient déjà mis baffe sur baffe avec Kill la Kill et Promare, entre autres. Ils s’emparent donc de l’univers de Night City et son libéralisme cybernétique pour en décupler chaque composante dans un joyeux bordel organisé.

Piochant plus allégrement encore dans le Strange Days de Bigelow, le Neuromancer de Gibson et dans le Ghost in the Shell d’Oshii, Trigger s’intéresse plus particulièrement aux Cyber-psychos, gigantesques brutes en overdose d’implants et agents du chaos dont les animateurs du studio vont faire leur matière première. Leur menace plane sur le récit (le héros menace à tout moment de sombrer), transformant Night City en gigantesque bac à sable visuel, qu’ils vont oblitérer à coups d’effets 3D délirants, de violations d’à peu près de toutes les lois de la physique élémentaire et de contorsions en tous genres.

Comme toujours chez Trigger, il est question d’utiliser la science-fiction pour pousser dans leurs retranchements les codes de l’animation japonaise. Dans Edgerunners, ils vont jusqu’à décomposer l’action image par image, revenant de fait aux fondements de leur art. 

Notre critique de Cyberpunk : Edgerunners

 

14. better call saul saison 6

Saison 6, 13 épisodes d’environ 50 minutes

Disponible sur Netflix

 

Better Call Saul : photo, Bob OdenkirkAssis sur un banc, cinq minutes avec Saul 

 

Better Call Saul en deux mots : Les derniers chapitres de la vie de Jimmy McGill aka Saul Goodman, l’avocat véreux de Walter White.

Pourquoi Better Call Saul est plus que le petit spin-off de Breaking Bad : L’un des plus beaux paradoxes de cette dernière saison sera de nous avoir apporté émotion et chocs précisément où on ne les attendait pas. Où on ne les attendait plus. L’alliance délétère de Kim et Jimmy n’a pas appelé un raz-de-marée en forme de vengeance mexicaine, pas plus que les choix de l’un et l’autre les ont promis mutuellement à la damnation. Au contraire, pour sa dernière éruption, la série a d’abord feint de s’assécher.

Le duo de showrunners avait pris soin de bâtir dès son premier épisode leur récit autour d’une tenaille narrative et esthétique, chaque saison s’ouvrant sur une séquence ou une poignée de scènes en noir et blanc, située dans une temporalité différente, distante de plusieurs années de la trame principale de l’ensemble. Un goutte-à-goutte de malheur insidieux, en noir et blanc, où pointaient progressivement les aspérités de la personnalité remuante de Jimmy.

Et puis cet équilibre a été rompu à la faveur d’un épisode à la tonalité grave et tranchante, intégralement situé dans le “présent” larron en fuite. Un geste presque suicidaire, qui tranchait en termes de rythme et d’image, tout en redistribuant toutes les cartes auxquelles étaient jusqu’alors habitués les spectateurs. Le moyen parfait de se parer dès lors des atours du grand film noir et surtout de conclure ce qu’était Better Call Saul depuis ses débuts : une grande histoire d’amour émouvante et tragique.

Notre critique de la saison 6 de Better Call Saul

 

13. pachinko

Saison 1, 8 épisodes d’environ 55 minutes

Disponible sur Apple TV+

 

Pachinko : Photo Kim Min-ha, Steven SangHyun Noh, Jeong In-jiSous le choc en découvrant la splendeur de Pachinko

 

Pachinko en deux mots : L’histoire sur quatre générations d’une famille coréenne immigrée.

Pourquoi Pachinko est une fresque bouleversante : En se déroulant sur près d’un siècle, Pachinko dresse évidemment le portrait d’une femme (Sunja), mais parle aussi de destinée et d’héritage familial. Grâce à son montage fascinant, juxtaposant parfois des scènes à travers les décennies, la série transcende les liens unissant chacun. Mieux, elle donne vie à leur quête d’identité respective au fil de cette malédiction transmise de génération en génération les poursuivant, les sublimant, les paralysant, les ressuscitant.

Et ainsi, dans une succession de causes à effets à grande échelle, Pachinko offre une grande réflexion sur le déterminisme et l’étrange fil invisible des relations humaines. Alors, chaque décision personnelle peut devenir une avancée sociale ou économique majeure pour le futur de sa communauté ou, au contraire, un obstacle de plus à surmonter pour les générations futures et sans le savoir (au contraire des spectateurs), les personnages engendrent des actions qui auront des conséquences sur toute leur famille, leurs amis, leurs proches, mais aussi sur des personnes qu’ils ne connaîtront jamais.

De cette manière, Pachinko déploie toute son ampleur au fil de ses huit épisodes extrêmement denses, passionnants et visuellement remarquables. Avec son ambition faramineuse, la série réussit à implanter son récit intime fictionnel au coeur de l’Histoire, et alors elle dévoile sa grande force : faire du simple récit de vies ordinaires, la fresque tentaculaire de destinées extraordinaires. Brillant.

Notre critique de Pachinko

 

12. euphoria saison 2

Saison 2, 8 épisodes d’environ 55 minutes

Disponible sur OCS

 

Euphoria : Photo Aja Bair, Maude ApatowLe spectacle de la vie

 

Euphoria en deux mots : La vie d’une brochette d’ado pas très ordinaires, qui se noient dans l’alcool, la drogue, le sexe et les paillettes.

Pourquoi la saison 2 d’Euphoria reste passionnante : Oui, la saison 2 d’Euphoria a mille défauts. Le premier et le plus injuste, c’est de passer après la surprise renversante de la fantastique saison 1. Le deuxième, plus étonnant et énervant, c’est d’accumuler les incohérences scénaristes, avec plusieurs personnages et intrigues mis de côté en cours de route – notamment dans les derniers épisodes, avec Kat, Elliot et Laurie.

Mais jusqu’au bout et même dans ses moments de faiblesse, Euphoria garde une lueur incroyable : une beauté, une sensibilité, une attention aux détails, et une capacité à alterner entre des moments d’une infinie tendresse, et des pics de violence et énergie inouïs. Dans l’épisode 3, Sam Levinson (créateur, réalisateur et scénariste de la série) résume en quelques minutes tout le passé de Cal, dans un superbe flashback qui brise le cœur. Dans l’épisode 5, il transforme la fuite de Rue en ride sans fin, tour à tour drôle, absurde, cauchemardesque et tragique. Et dans les derniers épisodes, il transforme le grand cirque de ses personnages en grand cirque sur ses personnages, avec une mise en abime magnifique et vertigineuse où Lexi devient la metteuse en scène de ce chaos perpétuel.

Comme Rue, capable de meilleur comme du pire, Sam Levinson déborde d’une énergie qui rappelle, à juste titre, tous les côtés de l’addiction (aux drogues, au sexe, à l’amour). La saison 2 Euphoria est traversée de moments de grâce et de fulgurances (une photographie toujours à tomber), est toujours portée par des acteurs et actrices fantastiques, et tombe parfois dans sa propre folie des grandeurs. Dans tous les cas, elle reste l’une des œuvres les plus passionnantes et radicales de son époque.

Notre critique de la saison 2 d’Euphoria

 

11. borgen saison 4

Saison 4, 8 épisodes d’environ 60 minutes

Disponible sur Netflix

 

Borgen : Le pouvoir et la gloire : photo, Sidse Babett KnudsenLa dame de fer

 

Borgen en deux mots : La vie d’une femme politique au Danemark, qui a accédé très (trop) vite au pouvoir.

Pourquoi la saison 4 de Borgen est ex-ce-llente : C’était le retour inespéré de 2022 : 9 ans après la saison 3, Borgen, une femme au pouvoir a eu droit à une saison 4, sous-titrée Le Pouvoir et la Gloire. Diffusé sur Netflix, ce dernier tour de piste retrouvait Birgitte Nyborg, désormais ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement d’une nouvelle Première ministre, à la tête d’un autre parti. Et cette situation fragile va devenir intenable avec la découverte d’un gisement de pétrole au Groenland, qui rebat toutes les cartes du pouvoir pour le Danemark.

La série d’Adam Price a toujours été passionnante dans sa manière d’aborder la politique, entre intime et public, idéalisme et pragmatisme. En trois saisons, la détermination et la candeur de Birgitte Nyborg avaient été mises à l’épreuve, mais jamais Borgen n’était tombé dans le spectacle bas de gamme et la surenchère. La saison 4 continue sur cette même lancée, mais avec une férocité et une violence inattendues. Sur fond de transactions éthiques et écologiques qui sont malheureusement un peu trop réalistes, la trajectoire de Birgitte prend une tournure particulièrement dure. Et alors que l’implacable machine se met en marche, et que les 8 épisodes défilent avec une efficacité déconcertante, Borgen rappelle l’immense qualité de son écriture.

Puis, finalement, Borgen prend les attentes à revers. Dans une superbe conclusion, simple et juste (et avec une touche de malice), la série trouve un merveilleux point d’équilibre entre les ténèbres et le spectacle de House of Cards, et la lumière et la candeur d’À la Maison-Blanche. De quoi définitivement en faire une des plus grandes séries sur la politique, portée par une Sidse Babett Knudsen parfaite du début à la fin.

 

10. oussekine

Saison 1, 4 épisodes d’environ 52 minutes

Disponible sur Disney+

 

Oussekine : PhotoGifle monstrueuse

 

Oussekine en deux mots : Un retour sur les événements du 5 décembre 1986, qui ont conduit à l’assassinat raciste de Malik Oussekine par des policiers.

Pourquoi Oussekine est essentielle : La télévision française ne connaît que trop bien les reconstitutions larmoyantes de drames nationaux. Or, Oussekine fuit dès le départ ce modèle. Au-delà de la qualité indéniable de sa mise en scène et de sa plongée dans les années 80, la mini-série se construit moins sur ce qu’elle nous montre de l’événement que sur son hors-champ.  

En bref, la démarche d’Antoine Chevrollier est réfléchie en plus d’être sensible. Oussekine se concentre avec beaucoup de délicatesse sur les autres membres de la famille de Malik, dont la vie a été à jamais transformée par son décès. Alors que la récupération politique de cette mort tragique ne traîne pas, la série préfère investir un vide : celui de l’attente insoutenable de réponses claires. 

La caméra n’en oublie jamais la subjectivité et la douleur de ses personnages, tout en pointant du doigt l’obscénité médiatique qui s’en est suivie. Tout est une question de rage enfouie, de colère jamais déversée, tandis que la série évoque indirectement le souvenir des affaires Rémi Fraisse ou Adama Traoré. L’histoire se répète, et en trouvant le juste équilibre entre le devoir de mémoire et le récit intime, Oussekine ausculte une France à l’hypocrisie systémique, dont on en vient à interroger le sens de la devise “liberté, égalité, fraternité”.

Notre critique de Oussekine

 

9. ovni(s) saison 2

Saison 2, 12 épisodes d’environ 30 minutes

Disponible sur My Canal

 

OVNI(s) : photo“Imagine, un monde nouveau..” 

 

OVNI(s) en deux mots : Après avoir observé un phénomène extraterrestre (sous LSD, certes), Didier est parti sillonner les routes de France avec Véra pour trouver de nouveaux témoignages. Mais un événement aussi cocasse que mystérieux force le GEPAN à se reformer. 

Pourquoi la saison 2 d’OVNI(s) est hors sol : Après une première saison pleine de promesses, la saison 2 d’OVNI(s) s’impose à la fois comme une des plus belles productions sérielles de l’année (française, qui plus est), mais aussi un des plus gros crève-coeur de 2022. La série de Canal+ a été annulée, alors qu’elle s’était enfin débarrassée de l’étiquette “X-Files à la française”, trop réductrice par rapport à ses ambitions et sa tonalité. L’existence des extraterrestres étant avérée, la série a pu pleinement assumer sa dimension SF et prendre son envol en poussant encore plus loin l’extravagance et la folie douce qui ont fait son identité.

Le nouveau jeu de piste, qui commence sur une barbe à papa d’une demi-tonne dans une usine nucléaire, est l’occasion de rire, mais surtout de s’éloigner du rationnel scientifique pour toucher à l’ésotérisme et au surnaturel, offrant au récit une lecture encore plus poétique et hallucinée. La saison 2 a également poussé encore plus loin son pastiche de la fin des années 70 avec une photographie saturée, une direction artistique ouvertement kitsch et des partitions électros rétro.

OVNI(S) a aussi musclé son contexte politique et multiplier ses références culturelles, qui ne sont plus de simples évocations nostalgiques ou des points de repère pour le public, mais de réels enjeux narratifs qui ouvre évidemment une porte sur notre époque. À nous maintenant d’inventer la suite de l’histoire, même si Clémence Dargent et Martin Douaire l’auraient bien mieux fait.

Notre critique de la saison 2 d’OVNI(s)

8. baymax !

1 saison, 6 épisodes d’environ 10 minutes

Disponible sur Disney+

 

Baymax ! : photoLe plus mignon des infirmiers (et pourtant, on regarde Grey’s Anatomy)

 

Baymax ! en deux mots : Dans la ville de San Fransokyo, le robot infirmier Baymax remplit sa mission envers une poignée de personnes dans le besoin. Et c’est trop mignon ! 

Pourquoi Baymax ! met du baume au coeur : Alors que Disney+ voit fleurir quantité de spin-offs pour alimenter la plateforme, Baymax ! aurait pu n’être qu’une énième extension dispensable et opportuniste autour du personnage adorable des Nouveaux héros. Et pourtant, c’est là que le miracle se produit : les six épisodes (de 10 minutes) sont des pastilles aussi touchantes que revigorantes, où le gentil robot devient le véhicule d’une série de portraits sur des individualités joliment croquées.  

San Fransokyo et sa nature de mégapole cosmopolite devient même un décor lourd de sens, dont l’immensité tend à uniformiser et à isoler les gens dans la foule. La bienveillance de Baymax ! contrecarre cette fatalité, et dépeint des personnages qui apprennent à accepter de l’aide, et à s’affirmer, quand bien même leur confiance en eux est au plus bas.  

L’efficacité narrative admirable de l’ensemble se retrouve à aborder avec une simplicité confondante la représentation de minorités (l’un des patients de Baymax est gay) ou de sujets encore bien trop tabous (les premières règles d’une jeune pré-adolescente). Les vieux réacs auront sans doute de l’urticaire à la vue de cette jolie leçon de tolérance, mais qu’importe : Baymax ! est une réussite aussi drôle qu’émouvante, portée par une animation flamboyante.

Notre critique de Baymax !

 

7. peacemaker

Saison 1, 8 épisodes d’environ 45 minutes

Disponible sur Amazon Prime Video

 

Peacemaker : Photo John CenaEt palme du meilleur générique de la décennie

 

Peacemaker en deux mots : La suite des aventures de Christopher Smith alias Peacemaker, enrôlé après 4 ans de prison dans une équipe spéciale chargée d’éliminer une menace souterraine.

Pourquoi Peacemaker est foutrement jouissive : Bien que son génial The Suicide Squad n’ait pas vraiment flingué le box-office, James Gunn nous sert quand même du rab’. Sans surprise, il s’intéresse à l’un des personnages les moins aimables de la Task Force X, le grand dadais incarné par un John Cena toujours aussi ravi de s’auto-parodier. Une occasion supplémentaire pour le scénariste (qui délègue la mise en scène de trois épisodes) d’affirmer son affection pour les dangereux crétins et les parias incompris, parti pris qu’il assume même face au cahier des charges des productions télévisuelles super-héroïques.

En s’attardant plus longuement sur la bêtise de son protagoniste, en lui adjoignant une bande de bras cassés et en dévoilant ses origines familiales, Gunn entend révéler son humanité… puis lui en faire prendre conscience ! Bien sûr, il faut être sensible à l’humour du trublion de la Troma, qui profite d’ailleurs du format pour revenir à la modestie qui avait fait le succès d’estime de son super Super. Mais une fois ces dialogues non sensiques digérés, la trajectoire de ce glorieux crétin tiraillé entre le fascisme revendiqué de son père et un profond sentiment d’injustice finit miraculeusement par toucher, a fortiori quand il se retrouve dans une parodie pas si con des délires Qanon.

 

Notre critique de Peacemaker

 

6. Station eleven

Saison 1, 10 épisodes d’environ 50-60 minutes

Disponible sur Syfy

 

Station Eleven : photo, Mackenzie DavisLe vrai Dark Fate (sans Terminator)

 

Station Eleven en deux mots : Dans un monde post-pandémie et post-apocalyptique, un groupe de survivants essaie de retrouver un sens à la vie.

Pourquoi Station Eleven est fascinante : Diffusée fin 2021-début 2022 aux États-Unis sur HBO Max, Station Eleven est finalement arrivée en France par la petite porte, sur Syfy, en octobre 2022, avec une promo très discrète. Un bien triste destin dans nos contrées puisque cette adaptation du livre d’Emily St. John Mandel est une petite merveille, qui va bien au-delà de sa promesse initiale de récit post-apocalyptique.

Entrer dans Station Eleven, c’est pénétrer dans un grand labyrinthe : une immense et mystérieuse histoire qui ne cesse d’ouvrir de nouvelles portes, de séparer et réunir les personnages, de mélanger le passé et le futur. Dispersés aux quatre coins du monde par la tempête d’une pandémie un peu trop familière, ces humains hantés par leur passé essaient de construire un nouveau présent au milieu des décombres, des fantômes, et de Shakespeare. Avec une question : quel est le sens de cette (sur)vie ?

Station Eleven a quelques problèmes d’équilibre, et jongle parfois mal entre ses différentes intrigues, mais tout ça est emporté par les nombreux instants fabuleux. En 10 épisodes, le récit brasse tout ce qui fait l’humanité (la solitude, l’amour, la vengeance, le pardon, la peur, les rêves, la foi, et surtout : l’art et l’imagination), et se pose comme un récit-somme d’une puissance folle. La direction artistique est à tomber, la musique de Dan Romer est magnifique, les acteurs et actrices fantastiques (notamment Mackenzie Davis, Daniel Zovatto, Danielle Deadwyler et Caitlin FitzGerald), la mise en scène multiplie les moments magiques. Et lorsque Station Eleven s’achève, on a l’impression d’avoir vécu plusieurs vies, réunies dans un tourbillon étourdissant.

Notre critique de Station Eleven 

5. Primal saison 2

Saison 2, 10 épisodes d’environ 20 minutes

Disponible sur Adult Swim via Molotov

 

Primal : photoLe penchant de la rédac pour les dinos n’est pas prêt de se calmer

 

Primal en deux mots : Spear et Fang fabriquent un radeau et partent à la recherche de Mira. En chemin, ils croisent le plus redoutable ennemi auquel ils ont eu affaire jusqu’ici : l’Homme. 

Pourquoi le retour de Primal est magistral : La première saison de Primal avait placé la barre tellement haut qu’il était logique de craindre une baisse de qualité ou un essoufflement de la formule dans la saison 2. Mais Genndy Tartakovsky a redoublé de créativité, de générosité et de sensibilité pour boucler son chef-d’oeuvre, non sans quelques prises de risques. Comme le promettait la fin de la saison 1, la nouvelle fournée a adopté un format moins épisodique pour repousser ses acquis, prendre une nouvelle direction narrative, décupler ses enjeux et étendre son univers pour l’ouvrir à l’Humanité.

Après un périple en mer homérique, qui est l’occasion de compléter le bestiaire préhistorique, la série investie d’autres imaginaires fantasmés, de celui des Vikings (qui chevauchent des ours géants parce que c’est trop cool) aux Égyptiens, en passant par la Rome Antique ou l’Empire maya qui donnent lieu à d’autres massacres terrassant pour le public. Pour autant, si la série présente d’autres personnages humains satellites, Spear et Fang restent au coeur du récit, quand bien même les nouveaux venus se font habilement une place dans le scénario, sans l’accaparer ou s’y noyer.

Primal a donc trouvé un bel équilibre entre la nécessité de bousculer son schéma et celle de conserver un scénario articulé autour de ce duo hors-norme. Le langage illustratif, même s’il est déjoué à une occasion bien précise, reste un parti-pris fort, qui démontre tout le talent de conteur du créateur, qui raconte son histoire par les images, les couleurs, le regard, le bruit et même le silence.

Notre critique de la saison 2 de Primal

 

4. the bear

Saison 1, 8 épisodes d’environ 30 minutes

Disponible sur Disney+

 

The Bear : photo, Jeremy Allen White“Chaud devant, chaud”

 

The Bear en deux mots : Un chef croulant sous les dettes, tente de sauver son restaurant en embauchant un second talentueux.

Pourquoi The Bear est : Les films et séries sur le monde de la cuisine sont trop rares… et c’est bien dommage tant il y a de choses à faire et à dire. Si récemment on a eu l’excellent Pig et l’audacieux The Chef en plan-séquence unique, la plus marquante immiscion dans les cuisines a été celle de The Bear.

Pour l’occasion, le stress en coulisses se dessine au gré d’un montage frénétique, un rythme soutenu et un découpage tranchant pour plonger le spectateur dans l’urgence et l’exigence perpétuelle qu’oblige la restauration. Et comme dans tout bon programme culinaire, les confections sont à croquer si bien que l’aficionado de bonne bouffe salivera certainement toute la saison.

Mais la série est plus qu’une fiction Cauchemar en cuisine. Le récit entend bien faire suer (littéralement) ses protagonistes en proie aux dettes, au deuil, constamment pressés par le temps alors que la boite coule. The Bear transcrit alors la lutte d’une équipe qui doit rester soudée malgré la fatigue, les frustrations et le changement malgré l’accumulation de problèmes. L’approche très réaliste, quasi documentaire, atteint d’ailleurs son paroxysme dans un épisode 7 entièrement en plan-séquence venant nous acculer au fond des fourneaux aux côtés des personnages, menés par l’excellent Jeremy Allen White (Shameless). Une des très grosses surprises de l’année.

Notre critique de The Bear

 

3. andor

Saison 1, 12 épisodes d’environ 35 minutes

Disnponible sur Disney+

 

Andor : photo, Diego LunaOn s’attendait à un truc moins pire de Boba Fett, mais pas aussi génial 

 

Andor en deux mots : La série se déroule cinq ans avant la mission sur Scarif et le vol des plans de l’Étoile de la mort. Cassian Andor n’était alors qu’un fugitif recherché par l’Empire, qui se laisse progressivement gagner par l’idéologie rebelle. 

Pourquoi Andor est aussi puissante : Après le pire du pire de Star Wars (alias Le Livre de Boba Fett), Disney+ a ajouté à son catalogue la crème de la crème, du moins en prises de vues réelles, et le spin-off le plus intéressant de la licence depuis… Rogue One : À Star Wars Story, dont il est lui-même tiré. Dans la galaxie très lointaine de Lucasfilm, il y a toujours eu le Côté lumineux de la Force et le Côté obscur, les Jedi et les Sith, les Rebelles et l’Empire. Et même si The Clone Wars ou Rebels ont participé à brouiller cette dichotomie, la particularité d’Andor est de laisser les sabres lasers et Empereur ridé de côté pour s’intéresser à tout ce qui gravite au milieu, à toutes les zones grises moins explorées, moins évidentes à étiqueter.

L’oeuvre de Tony Gilroy est ainsi celle qui témoigne le mieux de la vie sous le régime autoritaire de l’Empire, que ce soit du point de vue de soldats plus ou moins hauts gradés, de citoyens endoctrinés ou apeurés ou des résistants en devenir. Andor mêle ainsi un drame humain à un conflit politique à échelle galactique, à un jeu de dupe et d’espionnage, ainsi qu’aux faits d’armes sporadiques d’une Alliance en gestation. Cette richesse thématique se couple à une approche réaliste et terre-à-terre qui permet à la série de dresser un parallèle évident avec notre réalité : les crises migratoires, les dérives autoritaires et fascistes ou plus largement les conséquences de l’oppression systémique.

De fait, l’univers de Star Wars n’avait pas été aussi galvanisant et émouvant depuis un moment (avec une pensée toute particulière pour les discours des personnages de Fiona Shaw et Andy Serkis qui donne envie d’assommer du Stormtroopers jusque de l’autre côté de l’écran).

Notre critique d’Andor

 

2. severance

1 saison, 9 épisodes d’environ 50 minutes

Disponible sur Apple TV+

 

Severance : Photo , Adam ScottMétro, boulot, dodo devient boulot, boulot, boulot

  

Severance en deux mots : Des employés ont choisi de subir (volontairement) la méthode Severance, une opération chirurgicale consistant à dissocier leurs souvenirs professionnels à ceux personnels, pour ne plus mêler boulot et vie privée.

Pourquoi Severance est formidable : Severance est évidemment une critique acerbe d’un capitalisme extrémiste qui, sous ses airs de solution parfaite à la productivité et la discipline, dissimule des desseins autoritaires, voire totalitaires, les grands pontes ne donnant à leurs employés que ce qui leur sera bénéfique à terme. Mais très vite, la dystopie SF, rappelant beaucoup Brazil et Dans la peau de John Malkovich monte crescendo en tension, en suspense, pour devenir un véritable thriller et une quête existentielle aussi bouleversante que troublante.

À l’image des personnages, les spectateurs se font retourner le cerveau au fil des épisodes, découvrant un peu plus les coulisses de ce système diabolique et les horribles manipulations dont les employés sont les sujets. Un jeu de pistes labyrinthique qui amène à des questionnements passionnants sur le libre arbitre et la liberté tout court, les employés se demandant en permanence qui ils sont à l’extérieur, s’ils ont une famille, s’ils sont amis ou s’ils sont simplement heureux.

Et finalement, avec son concept farfelu et troublant, Severance a quelque chose de l’allégorie de la caverne de Platon, suivant des personnages en quête d’une solution, tentant de se révolter et espérant trouver le moyen de s’échapper pour crier l’horreur qu’ils vivent. En résulte, une petite bombe aussi anxiogène que palpitante, foutrement étrange et singulière.

Notre critique de Severance

 

1. house of the dragon

Saison 1, 10 épisodes d’environ 50 minutes

Disponible sur OCS

 

 

House of the Dragon en deux mots : 172 ans avant la naissance de Daenerys, le roi Viserys provoque malgré lui une guerre civile dans le clan Targaryen, qui mène à la terrible Danse des dragons.  

Pourquoi House of the Dragon est la série de l’année : Si Amazon et HBO se sont tiré la bourre en sortant au même moment Les Anneaux de pouvoir et House of the Dragon comme les deux mastodontes ultimes de la fantasy, le spin-off de Game of Thrones est clairement sorti vainqueur de ce duel. Pourquoi ? Parce que la chaîne câblée y a rappelé tout son savoir-faire dans la construction sérielle, perfectionnée ici avec un rare degré de maîtrise.  

Par rapport à l’éclatement d’intrigues et d’arcs narratifs de la série mère, ce prequel se concentre sur une poignée de personnages, comme pour mieux façonner une tragédie shakespearienne inévitable sur l’autodestruction d’une lignée. L’écriture et la caméra subliment les non-dits et les rancœurs, tandis que les géniales ellipses disséminées au fil du récit transforment les corps, mais pas les mentalités.  

De cette façon, House of the Dragon devient une série passionnante sur le temps qui passe, et qui nous efface petit à petit des livres d’histoire. Tout en étant en terrain connu, la série s’amuse à pervertir nos attentes par rapport aux acquis de Game of Thrones, notamment lors d’un épisode de mariage absolument glaçant et sadique dans son crescendo émotionnel. Le ver est dans le fruit, et l’aspect insidieux de l’ensemble (sublimé par des performances d’acteurs au top, Paddy Considine en tête) lui donne une fausse force tranquille, qui reflète sa maestria.

Notre critique de House of the Dragon

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