EXCLU

Voici quelques extraits de notre interview de Jonathan Clauss. L’intégralité de cet interview de 12 pages est à retrouver dans le magazine n°355 de Onze Mondial disponible en kiosque et sur notre eshop depuis le 18 novembre.

« Le foot, c’est un peu la vie d’artiste pour les gens. »

Jonathan ClaussCredit Photo – Koria

A comme Amateur

« J’ai des souvenirs à la fois positifs et négatifs de mon passage par le foot amateur. Il y a des choses qui m’ont forgé et ont fait ce que je suis aujourd’hui, donc ça, c’est forcément positif. Et puis, je suis retourné dans le foot amateur avec la déception de ne pas avoir été gardé par Strasbourg, d’avoir repris ma vie à zéro, parce que mon rêve était de signer pro à Strasbourg. Quand tu signes en amateur derrière, c’est que tu n’as pas réussi. Le foot amateur, c’est la vie de monsieur tout le monde : boire une bière après le match, arriver une heure avant le coup d’envoi, etc…  C’est très familial, très convivial, il n’y a pas vraiment de prise de tête. Ce sont tous ces détails-là qui font le charme du foot amateur, avec les barbecues d’après-match notamment. Je me souviens d’un match avec Linx (club amateur allemand, ndlr), c’était du niveau DH. On part le samedi pour arriver à temps le dimanche parce que c’était loin. Manque de chance, on crève au bout d’une heure et on ne trouve personne pour nous aider. On a fait 50 kilomètres en auto-stop avec des gens parce qu’il fallait qu’on arrive à l’hôtel. C’est une sacrée anecdote mais dans l’ensemble, ça va, je n’ai pas trop connu de galères. »

B comme Ballon

« Le ballon, c’est toute ma vie ! C’est pour ça que je vis, c’est avec ça que j’ai grandi, c’est avec ça que j’ai évolué. C’est grâce à ça que je suis devenu l’homme que je suis aujourd’hui. Le foot, ça a toujours été ma ligne de conduite et c’est ce qui a – avec mes parents – contribué à mon éducation. C’est ce qui me raccrochait à un but dans la vie. Aujourd’hui, j’ai pris beaucoup de recul par rapport au foot. Pour moi, c’est la plus belle chose au monde. Je n’ai pas encore fondé de famille, donc pour l’instant, c’est la meilleure chose qui me soit arrivée dans ma vie. »

C comme Couverture

« Je vais être en couverture et je ne réalise pas encore. Faire une couverture de magazine, c’est… (il réfléchit). C’est un magazine que je regardais quand j’étais petit. Je l’achetais, je demandais à mes parents de passer au tabac pour le prendre. Ensuite, j’ai pris un abonnement et je collectionnais les posters. Me dire qu’aujourd’hui, c’est moi qui me retrouve sur la une, il va falloir que je l’ai devant les yeux pour bien mesurer que c’est moi. Pour l’instant, c’est encore abstrait. Je ne me considère pas comme quelqu’un qui va faire une couverture de magazine. C’est extraordinaire. Le poster, je vais l’accrocher chez moi, c’est obligé (sourire). »

D comme Différent

« Avoir connu beaucoup de déceptions, de rebondissements, avoir vécu la vraie vie entre guillemets par rapport au monde du foot, entre les salaires et tout ce qui va avec. Le foot, c’est un peu la vie d’artiste pour les gens. Quand les gens entendent footballeur, c’est la vie rêvée de tout le monde. Moi, ça m’a rendu différent parce qu’avant de connaître la belle vie comme celle d’aujourd’hui, je suis passé par des moments beaucoup plus compliqués. Forcément, j’ai la tête sur les épaules, déjà de par mon éducation, puis du fait d’avoir connu le très bas. Aujourd’hui, je suis un peu plus haut, mais je ne m’enflamme pas, je ne me prends pas pour quelqu’un. Parce que je ne suis pas comme ça et parce que je ne veux pas être comme ça. Je suis peut-être un peu différent parce qu’il y a ce côté humble, je prends tout comme du plus et je sais que ça peut aussi aller très vite dans l’autre sens. C’est peut-être ça qui me rend différent dans certaines situations ou par mon comportement. » 

Équipe de France

« C’est du rêve par dessus le rêve. La première convocation, quand on a annoncé mon nom à la télé, je n’étais pas encore conscient. C’était tellement inespéré… En tout cas, les gens ont parlé plus pour moi que moi je ne le pensais. Quand c’est arrivé, pour moi, c’était tellement un autre monde, l’équipe de France était quelque chose d’inatteignable, que j’ai dû mettre un mois avant de réaliser que je faisais partie du groupe France. Il n’y a pas vraiment de mots pour le décrire tellement c’est exceptionnel par rapport à ma vie. C’est quelque chose de surnaturel presque. »

F comme Famille

« Ma famille est trop importante dans ma vie. Déjà jeune, je pense avoir reçu une éducation parfaite. Mes parents ont toujours tout fait pour que ma sœur et moi soyons le plus libre possible, le plus à l’aise possible, qu’on ne manque jamais de rien. Dès qu’on avait envie de faire quelque chose, ils nous emmenaient, ils prenaient du temps pour qu’on soit heureux. Aujourd’hui, j’ai envie de leur rendre et de leur faire oublier toutes les galères qu’ils ont pu avoir, mais que je ne pouvais pas voir car j’étais trop jeune. Ils ont consacré beaucoup de leur temps pour nous permettre d’avoir cette vie-là. Je me sens presque redevable de leur rendre tout ce que je leur ai pris comme temps. Le temps, c’est la plus grosse chose. Eux sont fiers, car la déception que j’ai vécue à 18 ans, ils ont eu la même. Et avec l’évolution que j’ai eue après, ils se sont rendus compte que j’étais capable. À un moment, ils étaient plus impatients de me voir réussir que je n’avais moi-même envie de réussir. Aujourd’hui, eux sont fiers de ma réussite et je suis fier de leur avoir permis de rêver comme je rêve. »

« Je n’aime pas trop dire que les gens s’inspirent de moi. »

Jonathan Clauss

Jonathan ClaussCredit Photo – Koria

G comme Galères

« Ma plus grosse galère, il y en a eu beaucoup, vraiment beaucoup, mais je dirais que c’est la fois où j’ai signé mon premier contrat pro à Quevilly à 24 ans. Je sortais d’une bonne saison, j’avais des agents avec qui j’échangeais énormément et qui m’ont promis un avenir hors France, en Italie, et en fait, il s’avérait que ce n’était pas vrai du tout. Et moi qui étais en train de me reconstruire, aussi bien  mentalement que footballistiquement, je me disais : « Je suis en Ligue 2, ça commence à reprendre forme », finalement, c’était du mensonge. J’ai dû me raccrocher à une personne ou deux pour essayer de continuer à jouer au foot. Et on m’a envoyé en Biélorussie pendant une semaine. Alors que j’avais l’impression d’avoir tout fait bien pour continuer à espérer jouer en Ligue 2 ou en Ligue 1. Ce mercato a été horrible. Après, je voulais signer en Biélorussie parce que je n’avais rien. Je pars une semaine là-bas, ça se passe bien. Je rentre en France deux jours avant de repartir pour signer, et le dimanche, alors que je dois prendre l’avion vers midi, on m’appelle et on m’annonce que le coach a démissionné parce qu’il n’avait pas les plein pouvoirs sur le recrutement. Et là, j’étais passé par tellement d’efforts pour pouvoir espérer quelque chose, le fait que ce ne soit pas moi qui décide de mon avenir, ça m’a coupé l’herbe sous le pied et j’ai dit : « J’arrête le foot ». Et j’étais à deux doigts de vraiment arrêter si je n’avais pas reçu un coup de fil miracle dix minutes après. »

 H comme Hobbies

« Je joue beaucoup à la play, à Warzone, c’est devenu une drogue presque. C’est terrible, mais j’ai besoin de ma dose, c’est ma façon à moi de couper avec le foot. C’est un peu mon défouloir. J’ai besoin de passer du temps dessus pour me déconnecter et ensuite pouvoir me reconnecter avec ma vie privée chez moi, rester au calme afin que l’impact football n’ait pas d’impact sur ma vie privée et ce laps de temps me fait du bien. Aujourd’hui, je n’ai plus trop le temps, mais j’aime la pêche. Je n’ai jamais été un solitaire, je n’ai jamais été calme. Au contraire, j’ai toujours été hyperactif, toujours voulu faire les choses à 3000 à l’heure. Et c’est le seul domaine dans lequel j’arrive à me poser une journée, à rester tout seul, à ne pas regarder mon téléphone et à me couper du monde. Ça me fait un bien fou. »

I comme Inspiration

« C’était, c’est encore et ce sera toujours Daniel Alves. J’ai découvert le foot à travers ce mec et c’était extraordinaire. Comme je jouais aux mêmes postes – temps en temps ailier, temps en temps latéral – avec un peu le même gabarit frêle, j’aimais trop son foot. Ça a été lui mon modèle du début à la fin. J’ai encore du mal à penser que je puisse être une source d’inspiration. Je n’aime pas trop dire que les gens s’inspirent de moi. Je ne me vois pas du tout comme ça. Et pourtant, je sais qu’il peut y en avoir. Mais je n’ai pas envie d’être pris pour quelqu’un alors que je suis comme tout le monde. Et c’est là où j’ai un peu de mal à faire la différence. Après oui, concernant ma carrière, des gens doivent sûrement s’inspirer de moi. Par rapport à mon parcours, j’incite tout le monde à y croire, je suis fier de raconter ça et de dire : « N’abandonnez jamais, ne lâchez rien, si vous avez un truc en tête, il faut y aller à 300%, sinon vous allez le regretter toute votre vie ». Si je n’avais pas eu ça, j’aurais eu des regrets toute ma vie. Et je n’aurais eu aucun accomplissement. Et ça aurait été terrible. »

J comme Jonathan

« Apparemment, c’était un enfant adorable qui ne posait pas de problèmes. Il écoutait ses parents, c’était un peu l’enfant modèle jusqu’à 18 ans où il y a eu une période compliquée dans la famille, puis le fait que ça se soit terminé avec Strasbourg. Mon adolescence, je l’ai vécue à 18 ans. Après, il y a eu une période où Jonathan est passé du mauvais côté entre guillemets, il commençait à faire des erreurs, beaucoup d’erreurs, beaucoup de mauvaises décisions, beaucoup de sorties, beaucoup d’excès dans le mauvais. Puis il s’est repris en mains grâce au foot, il a évolué en tant qu’homme grâce au foot. »

K comme Kiff

« Le plus beau kiff que je me suis fait, c’était en Allemagne. Là-bas, ils faisaient tous des leasings avec des grosses voitures et moi j’étais arrivé avec ma Mégane 2 ou 3. Ma voiture faisait tâche sur le parking, mais je me disais : « Tant que je n’ai pas réussi, je ne prendrai pas de belle voiture ». Et je m’y suis tenu. Quand j’ai signé à Lens, en Ligue 1, je me suis dit que j’avais envie de kiffer. J’ai pris un leasing sur une Audi RS7 alors que c’est le genre de voitures que je regardais dans les catalogues et que les autres ont. J’ai récupéré cette voiture et j’étais comme un gosse dedans (sourire). »

L comme Limite

« Ma limite, j’avais l’impression qu’elle était à chaque fois plus haute. Je me disais à chaque fois : « Je suis encore capable de, je suis encore capable de… ». Et en même temps, je me disais : « Est-ce que je serai capable de, est-ce que je serai capable de… ». Au final, je me rends compte que moins je m’en fixe, plus je me permets de rêver. C’est ça aussi qui m’a fait évoluer. Avant, j’étais quelqu’un qui se fixait des limites en mode : « Si je fais ça, c’est bien ». Aujourd’hui, je ne veux plus me dire ça. Je veux faire quatre fois plus que tout le monde, je veux qu’on me remarque quatre fois plus, je veux être mieux et mieux. Mes limites, celles que je m’étais fixées un jour, je les ai dépassées depuis longtemps et je ne m’en fixe plus. »

« Ce n’est pas vraiment une revanche, je voulais plus me prouver que j’étais capable de faire les choses. »

Jonathan Clauss

Jonathan ClaussCredit Photo – Koria

M comme Marseille

« À Marseille j’ai découvert un autre monde. Moi qui suis du nord, qui ai tout le temps fait des clubs du nord, de l’ouest ou de l’est, j’ai découvert Marseille et c’est extraordinaire. Le soleil, la ville qui respire le foot, le Vélodrome qui est extraordinaire. J’ai l’impression que c’est encore un rêve tellement c’est… (il coupe). Tout est beau. Je me disais toujours : « Je rêve de signer dans un club du sud ». Quand Marseille m’a appelé, je me suis dit : « Je suis obligé d’y aller ». J’aime trop. Je n’habite pas à Marseille-même donc je suis moins en centre-ville. Au début, j’étais à l’hôtel et les gens me reconnaissaient déjà. Mais toujours bien, toujours corrects, on sent qu’ils vivent pour ça. Quand ils te reconnaissent, forcément, ils demandent des photos et veulent discuter un peu, mais toujours dans le respect. »

N comme Never Done

« Le foot, ça a été ma ligne de conduite. Peu importe que je jouais à Strasbourg ou en amateurs, quand je devais travailler à côté, je faisais en sorte de terminer à des horaires qui me permettaient d’aller au foot. Si je n’avais plus eu le foot, je n’aurais plus rien eu de ma vie. Et puis, il y a la prise de conscience que le foot me faisait tellement de bien. Malgré mes soucis, c’était mon échappatoire, ma seule façon de prendre du plaisir. Pour ne pas lâcher, il faut rencontrer les bonnes personnes, celles qui vous redonnent confiance, qui discutent avec vous, qui ne sont pas là que pour le sportif. Elles sont là pour vous aider, vous pousser, vous donner des ailes quand vous êtes au plus bas, elles vous remettent en confiance. Je ne sais pas comment on fait pour ne pas lâcher, mais moi, je n’aurais pas pu lâcher le foot. »

O comme Osthoffen

« Quand tu me dis ça, je pense au terrain à 50 mètres de chez moi, des entraînements sur un stade catastrophique. Un club de village avec le maillot rouge et jaune. On n’avait pas de dégaine, mais qu’est-ce qu’on aimait se retrouver sur ce terrain, dans ce village, et pourtant, on était 800 habitants. On était 10 jeunes, tous les week-ends, dès qu’on avait un moment de libre, on se retrouvait sur le terrain pour partager des moments. Je me rappelle d’un tournoi à Osthoffen, chez nous, qu’on gagne. On jouait avec deux de mes meilleurs amis d’enfance, on était le trio offensif. On s’amusait à voir qui mettait le plus de buts. On pouvait terminer les matchs à sept buts chacun. Il n’y avait aucune pression, c’était le football bon enfant, c’était extraordinaire. On était tous là les uns pour les autres, ça n’était pas la compétition, mais juste : « Venez, on se régale ». »

P comme Psychologie

« J’ai des routines, des petits « tocs ». Mon match se prépare la veille à partir de 12h, je suis déjà dans le match du lendemain 21h. J’ai mis des choses en place pour me rassurer psychologiquement. Il y a plein de trucs comme un appel avec ma mère par exemple. C’est impossible qu’elle ou que je le rate. Au moment de la douche, je m’étire, je fais toujours la même chose : comment je m’habille, comment je me coiffe, comment je m’organise. C’est un rituel. Si je ne le fais pas, je ne suis pas bien. J’assemble un puzzle et quand je rentre sur le terrain, je me dis que quoi qu’il arrive, j’ai tout fait pour que ça se déroule bien, ça me permet d’être libre et bien sur le terrain. »

Q comme Question

« C’est une vraie question ça (sourire). Qu’est-ce que je lui poserais (il s’interroge). C’est dur. Je pense que je lui poserais la question que tout le monde me pose : « Comment est-ce possible de passer de rien à tout ? ». Même moi, je n’ai pas la réponse. »

R comme Revanchard

« J’ai eu un sentiment de revanche à un moment donné. Tu as l’impression de vouloir prouver à la terre entière que tout le monde s’est trompé. En fait, ça n’est pas une revanche, du moins, c’est une revanche envers moi-même, et encore. Ce n’est pas vraiment une revanche, je voulais plus me prouver que j’étais capable de faire les choses. Le sentiment de revanche est entre les deux. Je n’ai jamais été un revanchard. À partir du moment où je me suis pris en main, je voulais me prouver que j’étais capable. »

S comme Sacrifice

« Les sacrifices, c’est le jour où j’ai dû partir de chez moi. Quand je suis appelé en National par Damien Ott pour jouer à Avranches, je sais que je dois partir de chez moi. Mais ça n’est pas à une heure de chez moi, c’est à 8h30 de route. Il faut se dire, ok, je prends la décision de tout quitter : ma famille, mes potes, et je me barre de l’autre côté de la France. C’est tout ça, les sacrifices : tout quitter pour te laisser une chance d’espérer. Avranches, puis Quevilly, ensuite l’Allemagne. C’est aussi un sacrifice, partir dans un autre pays sans Français. Il faut apprendre la langue, se débrouiller différemment. Tu as le sacrifice du temps : sacrifier sa vie, quasiment totalement, pour arriver là où j’en suis. Mais ça vaut le coup. Venir à l’OM et donc quitter Lens, ça n’était pas un sacrifice. Je le prends comme une consécration. Je me suis dit que j’avais eu raison d’avoir fait tous ces sacrifices pour réaliser cela. Tu me parles de ces rumeurs autour du salaire moins élevé que j’aurais accepté pour venir. Mais tu sais, je suis très terre à terre, que tu me donnes 400 000 ou 500 000, pour moi, c’est déjà trop. J’ai fait ce qui me semblait bien pour Marseille, bien pour moi. Faire un effort, c’est facile. Certains ne seront pas d’accord, mais tu ne fais pas un effort de 2 000 à 1 000 euros. Avec ces sommes-là, aujourd’hui, ça ne m’a pas dérangé de le faire. »

« Le facteur X de ma vie, je dirais ma copine. »

Jonathan Clauss

Jonathan ClaussCredit Photo – Koria

T comme Tatouage

« Il y a eu des erreurs. J’avais un chapelet que j’avais fait à 18 ans, alors que ma mère m’avait interdit de me tatouer. Je l’ai fait chez un tatoueur très moyen, il a mal vieilli, mais c’est mon premier tatouage. J’ai toujours été croyant, je crois en Dieu, car je pense que sans lui, je ne serais pas là. Après, j’ai dû le recouvrir. J’ai fait des cartes derrière, quatre valets, quatre J (la lettre désignant la carte valet dans un jeu de cartes), car les prénoms de ma famille commencent tous par cette lettre, mon père, ma mère, ma sœur et moi. Mais il a très mal vieilli aussi. Le suivant, c’est l’heure et ma date de naissance, avec celle de ma sœur. Un tatouage pour mon grand-père et tout ce que la mort signifie pour moi. Je voulais aussi un bras de croyance. J’aime beaucoup le style et ça me correspond totalement. » 

U comme Union

« Dans le football, tu rencontres du monde tout le temps. Le fait de changer de club, ça te confronte à tellement de personnalités. Je ne suis pas solitaire, j’adore rencontrer de nouvelles personnes. J’ai changé d’équipe presque tous les ans. J’aime trop, car il faut être capable de créer une famille dans les clubs pour être bon et performer ensemble. J’adore créer ces liens, partager des moments, me fondre dans un groupe à droite, un groupe à gauche. Je n’aime pas me cantonner à  un groupe, j’aime bien discuter avec tout le monde. Dans le sport collectif, et encore plus à ce niveau-là, le vestiaire est trop important. »

V comme Voyage

« Je n’étais pas voyage du tout à la base. J’étais très casanier : mon chez moi, ma Playstation, les vacances d’été. Je rentrais tout le temps chez ma mère et je profitais avec mes potes. Puis j’ai rencontré ma copine à l’Arminia Bielefeld, en Allemagne. Elle vient de Strasbourg et elle vient d’une famille qui adore le voyage. On s’est rencontrés en septembre, on s’est mis ensemble en janvier, et en février, elle m’a proposé d’aller en Floride durant l’été. Mais moi, je n’étais même pas parti à Paris (rires). Partir à 20 km de chez moi, c’était déjà trop. J’ai dit Ok, je te suis, mais je ne suis pas fan. Mais depuis ce voyage, j’ai découvert un truc. Tu découvres tellement de nouvelles choses. Je ne peux pas rester chez moi alors qu’il y a tellement de choses à voir ailleurs. Le foot te permet aussi de voyager, mais c’est deux types de voyages différents. Au foot, tu découvres des stades, en voyage, tu découvres une nouvelle vie complète. »

W comme World Cup

« Je rêve de vivre cette Coupe du Monde de l’intérieur, mais je ne sais pas à quoi m’attendre. J’en ai regardé à la télévision, mais je ne sais pas à quoi m’attendre. C’est un événement planétaire. J’y pense depuis que j’ai été sélectionné trois fois de suite. En venant à Marseille, j’ai découvert la Ligue des Champions. Je me suis donné du crédit pour espérer y être. Plus ça avance, plus j’y crois. J’ai l’impression de ne pas avoir fait les mauvais choix pour prétendre y être. Je crois que j’espère depuis le premier jour où j’ai porté le maillot de l’équipe de France. Le fait d’être appelé en Ligue des Nations, d’être appelé au dernier rassemblement, d’avoir eu du temps de jeu, de sentir que j’ai fait partie du groupe sur ces derniers matchs. Ça me donne de l’espoir, ça me donne de la force, j’y crois. Tu ne peux pas aller à la Coupe du Monde en te disant : « Au pire, on ne gagne pas ». Quand tu remets ton titre en jeu, tu y vas pour gagner, c’est comme ça que je vois les choses. On y va pour la gagner. Mon premier maillot de l’équipe de France, je l’ai presque mis dans un coffre-fort. Je vis par les souvenirs, par les petites choses. Tu peux acheter tout le matériel du monde, les plus belles choses de luxe, mais pour moi, mon premier maillot porté chez les Bleus aura bien plus de valeur que n’importe quoi dans ma vie. Ensuite, j’en ai donné à mon père. C’est la consécration de tout. J’en ai aussi donné à mes proches. Sans eux, je ne serais pas là non plus. »

X comme X-Factor

« Le facteur X de ma vie, je dirais ma copine. Il y a eu mes parents, ma famille, qui font intégralement partie de mon parcours. Mais le facteur X, ça a sûrement été ma copine. Par rapport à ma stabilité, mon rangement, mes priorités. Elle m’a apaisé sur beaucoup de choses, aidé à prendre les bonnes décisions. Par contre, elle ne m’a pas appris à centrer (il éclate de rire). Elle a transformé un gamin en homme. C’est ça qui me manquait. »

Y comme Yin et Yang

« Le calme et la tempête. On ne savoure pas le silence sans le bruit et on ne savoure pas le bruit sans le silence. Cette phrase est incroyable. »

Z comme Zoom

« La paix dans le monde, ça serait déjà pas mal ! Dans la vie en général, il y a trop de mauvaises nouvelles. Ça part en sucette ces derniers temps. Avec les réseaux sociaux et la diffusion rapide des informations, c’est compliqué. Il faudrait prendre du recul sur beaucoup de situations et se dire qu’on vit quand même dans un beau monde, qu’il faudrait arrêter de l’entacher. Il faudrait un peu plus s’aimer et stopper les conflits. Ça me désole de lire tout le temps des mauvaises choses, de voir tous les problèmes qu’il peut y avoir. Si tout le monde mettait un minimum de réflexion, on pourrait réellement vivre dans un monde extraordinaire. »

La phrase qui représente Jonathan Clauss

« Je vais te donner une phrase que ma mère me répétait souvent : « Avec le temps, tout passe ». C’est la phrase qu’elle me disait quand j’étais dans une période moyenne de ma vie. Elle me disait toujours ça. Elle me disait aussi : « Chaque chose en son temps, laisse faire les choses, ne sois pas impatient, tout vient à point à qui sait attendre ». Ces phrases, je les ai comprises en grandissant. Il y a des déceptions, mais ça passe. Il ne faut pas griller les étapes. »

La note de Jonathan Clauss pour son interview

«  Je me mets 7 sur 10, comme mon numéro à l’OM, c’est bien ! J’aime bien raconter mes histoires. Je sais que c’est souvent différent de beaucoup de personnes. Et encore, je pourrais raconter plein d’autres choses. Ma vie, ça a été un yoyo de 18 ans à aujourd’hui. C’est juste dingue. Mon cerveau se perd encore (rires). Un coup, il est content, un coup, il se dit : « Mais c’est un truc de ouf ce que je vis ». »

Pour résumer

Une ascension éclair. Encore amateur en 2017, Jonathan Clauss est désormais considéré comme l’un des meilleurs latéraux français. Un parcours différent donc et surtout inspirant. La preuve qu’il ne faut jamais rien lâcher, toujours croire en ses rêves et être acteur de sa vie. Au point d’être reconnu de tous. Et de faire la couverture du magazine Onze Mondial. Alors même si « Djoninho » n’en revient toujours pas, le défenseur de l’Olympique de Marseille a kiffé son moment. Rencontre avec un joueur pas comme les autres. 

Entretien réalisé avant l’annonce officielle de la liste de Didier Deschamps pour la Coupe du Monde 2022 au Qatar. 

Rafik Youcef

MenLife : le network de l’homme au quotidien

EXCLU – Jonathan Clauss : « Le foot, c’est la plus belle chose au monde »