SAHG Interview Olav Iversen

© Francisco Munoz | Drakkar Entertainment



Plus de six ans après la sortie de « Memento Mori » en septembre 2016, nous nous sommes entretenus avec Olav Iversen, leader du groupe SAHG, l’occasion de revenir sur les événements qui ont nécessité un tel laps de temps pour réaliser le très réussi « Born Demon » disponible depuis octobre dernier. Cet entretien nous a aussi permis de parler de ses premières influences, du message véhiculé sur ce 6e et nouvel album… 


Dans les remerciements de « Born Demon », tu remercies tout le monde sauf la COVID-19. Comment vas-tu aujourd’hui ?

Je vais bien, merci. Mais en effet, la pandémie a été un gros problème pour un grand nombre de personnes et pas seulement celles qui vivaient de la musique. Il a privé beaucoup de monde de leur moyen de subsistance, les obligeant à quitter leur emploi et abandonnant ainsi la musique. C’est pour cela que nous avons ajouté cette mention dans les notes de « Born Demon ». 

Même si ce virus a probablement reporté la sortie de « Born Demon », six ans se sont écoulés depuis la sortie de « Memento Mori ». Pourquoi un délai aussi long entre ces deux albums ? 

SAHG a subi une profonde transformation depuis le dernier album « Memento Mori ». Notre second guitariste (NDLR : Ole Walaunet) a décidé de quitter le groupe pour se concentrer pleinement à GAAHLS WYRD, dont il était déjà membre avant de nous rejoindre. Au moment où il a décidé de partir, nous étions déjà particulièrement démotivés, ne sachant pas où nous voulions aller avec le groupe. Nous avons donc mis SAHG en pause afin de laisser décanter les choses. Après quelques mois, nous nous sommes réunis pour jouer ensemble et voir ce qui pourrait en ressortir pour la suite. Nous avons commencé à jouer quelques vieilles chansons à trois et après quelques sessions, nous pouvons dire que quelque chose de spécial s’est produit. Une nouvelle tension et une nouvelle dynamique d’inspiration sont nées de cette expérience à trois. Nous avons donc commencé à travailler sur de nouvelles idées et les premières chansons ont pris forme. C’est peu après que nous avons pris la décision qu’il n’était pas nécessaire d’engager un quatrième membre. Le “Toxic Trio” était né. Dans cette configuration, il m’a alors fallu penser et composer différemment. La contrainte d’avoir un musicien en moins a apporté à la fois des limitations et de nouvelles opportunités. Mais le plus important, est que j’ai eu l’impression de prendre un nouveau départ qui m’a donné l’inspiration pour composer beaucoup de nouvelles musiques. Bien que cela ait nécessité du temps et remis en question notre manière de fonctionner, cela en valait la peine ! Je ne pourrais pas être plus satisfait de « Born Demon ». Il est aussi brut, heavy et puissant que je l’avais souhaité. Il comporte certaines des meilleures chansons que je n’ai jamais écrites et il sonne tellement bien ! Je suis très fier de cet album.

 

« BLACK SABBATH est pour moi à l’origine du heavy metal. »

 

Même si, comme tu l’exprimes, le départ de Ole Walaunet a impacté le groupe, « Born Demon » reste dans la lignée de son prédécesseur, mais par contre « Memento Mori » sonne très différemment de « Delusions Of Grandeur ». Son arrivée et celle de Mads Lilletvedt à l’époque en est-elle la cause ? 

Complètement ! Changer ainsi la moitié du line-up laisse forcément une marque. L’inverse ne pourrait être qu’étrange. De nouvelles personnes, de nouveaux esprits, de nouvelles façons de jouer, c’est toujours un défi, mais c’est cela qui rend la chose intéressante et inspirante aussi. Là où Thomas Tofthagen et Thomas Lønnheim avaient des influences vintage évidentes, Mads et Ole ont apporté un côté plus tranchant au son de SAHG du fait qu’ils viennent de la scène metal extrême. Leur arrivée a nourri un processus qui a permis de façonner le son que l’on retrouve sur « Memento Mori ». Il est dur et froid à la fois. C’est d’ailleurs cela qui en fait un bon album. « Delusions Of Grandeur » garde également l’auditeur à distance, mais l’invite plus au rêve et à l’exploration. Il comporte en lui une certaine chaleur organique.

D’une certaine manière, le départ de Ole et la pandémie n’ont-ils pas contribué à offrir à SAHG le temps nécessaire pour trouver le meilleur moment possible pour composer « Born Demon », et ainsi, offrir à SAHG un nouveau départ ?

Oui, le temps s’est en quelque sorte arrêté pendant la pandémie. Lorsque le virus a frappé, cela nous a donné plus de temps et d’espace pour nous reconstruire en tant que trio, là où nous étions. Mais aussi, composer de nouvelles musiques qui correspondent à ce nouveau format. Cela nous a aidé à fabriquer un aussi album aussi grandiose. Nous avons eu le temps de travailler en profondeur afin de peaufiner les détails et réaliserr les changements sur chaque chanson jusqu’à ce qu’elles sonnent toutes parfaitement. Habituellement, travailler sur un nouvel album impose de prendre des décisions rapides qui fonctionnent plus ou moins bien. Mais pour « Born Demon », nous avons pu réellement tester chaque décision et s’assurer que tout prenait forme aussi bien que possible. Nous souhaitions aller à l’essentiel de ce qu’est l’esprit de SAHG et le but a été de simplifier et d’être plus critique sur les idées à travailler dans les chansons finales. Quand nous avons trouvé cette clé, l’album et le nouveau son de SAHG en tant que trio a réellement pris forme.

A l’écoute de « Born Demon », il est difficile de ne pas penser à BLACK SABBATH, et ta voix n’est pas sans rappeler celle d’Ozzy Osbourne. Quelle est pour SAHG la part d’héritage de BLACK SABBATH ?

BLACK SABBATH est pour moi à l’origine du heavy metal. Tout à commencé avec ce quatuor. L’idée générale à la formation de SAHG, était d’essayer de retourner aux origines quand tout à commencé. D’explorer et inventer une musique avec la même approche que celle de BLACK SABBATH. Lorsque j’étais jeune, Ozzy a été le tout premier chanteur qui m’a fait forte impression. La manière dont il peignait avec sa voix des visions sombres, me captivait et cela rendait la musique si vivante. Quand j’ai écouté “Mr. Crowley” et “Revelations (Mother Earth)”, cela m’a fait monter les larmes aux yeux, à cause de la manière dont il raconte ces histoires avec le jeu époustouflant de Randy Rhoads. J’ai d’abord découvert Ozzy comme artiste solo, dont je suis devenu fan avant de découvrir BLACK SABBATH. Cela a ouvert une toute nouvelle porte sur les profondeurs sombres de la musique. 

En descendant les marches vers ces profondeurs, tu reviens après une longue exploration de cet univers sombre avec « Born Demon » dont tu précises qu’il fait référence à la part sombre de chaque être humain. Quels sont, selon toi, les pires démons de l’humanité ?

Quels sont les pires démons ? C’est une bonne question. La réponse simple serait : les démons qui nous font faire le plus de mal. Ceux qui nous font haïr et potentiellement porter préjudice aux autres que ce soit pour leurs origines, leur religion, leur sexualité ou tout autre raison insignifiante. Il y a aussi les démons qui nous poussent à détruire sans relâche le monde qui nous entoure par notre mode de vie et notre comportement cupide. C’est fascinant et plutôt dur à comprendre comment cette avidité éclipse la raison et nous rend incapable de réaliser et d’admettre totalement que nous détruisons les fondations de notre existence. Il existe aussi deux autres démons qui provoquent de gros problèmes dans le monde. J’ai l’habitude de dire que l’indifférence et la médiocrité sont nos pires ennemies. Si vous ne vous sentez pas assez concerné ou que vous ne faites pas assez d’effort, alors vous ne réussirez jamais rien. Cela vaut aussi bien pour les ambitions personnelles que pour sauver le monde. Cela s’applique tout simplement à tous les aspects de la vie. Si vous ne combattez pas ces démons, chaque chose que vous ferez tournera à l’échec.

En regardant le début de la vidéo “Visualizer” de “Born Demon”, on peut voir un feu de forêt qui rappelle ceux, dévastateurs, qui ont ravagé la France l’été dernier, plus encore l’Australie ou la côte Ouest des Etats-Unis…

Oui. C’est un exemple des horribles conséquences du comportement humain. Nous sommes réellement des créatures destructrices, et cela n’est pas prêt de changer, jusqu’à ce qu’éventuellement nous nous éradiquions nous-mêmes. C’est pour cela que je dis que nous sommes tous des “démon né”.

 

« Le message de “House Of Worship” est  de ne pas prêcher et d’importuner les gens avec vos croyances, mais aussi de ne pas suivre le troupeau de moutons sans faire preuve d’esprit critique. »


Le clip “House Of Worship” est une critique sur le christianisme. Si la scène metal a toujours été source de conflit avec les catholiques, ne penses-tu pas que ce sont plutôt les croyants, qui utilisent la religion pour exprimer leur côté sombre, qui sont toxiques, plutôt que la religion elle-même ?

La religion n’est pas en elle-même le problème. Je ne vois rien de mal à croire en quelque chose de divin ou de surnaturel. Les gens devraient être libres de croire en ce qu’ils souhaitent. Le problème réside dans le fait qu’il y a toujours des gens qui exploitent le pouvoir que leur confère la religion. Cela permet à des gens mauvais de se retrouver dans des positions qui leur permettent de faire des choses terribles et de s’en sortir en prétextant avoir agi en son nom. Tant que tu agis au nom d’un dieu, tu peux t’en sortir qu’il s’agisse de meurtre, de viol, d’extorsion de fonds, d’abus d’enfant, des plus horribles choses qui soient. Il suffit de regarder ce qui se passe dans l’église catholique. Y-a-t-il une autre organisation dans l’histoire qui a causé plus de morts et de souffrances ? S’il y en a, elles ne sont pas nombreuses. Et il en va de même pour les autres grands mouvements religieux. Elles pillent, provoquent des guerres et font vivre l’enfer à d’autres gens au nom de dieu et sont dirigées par des leaders durs et manipulateurs. Et comment ces horribles personnes atteignent et occupent ces positions de pouvoir ? En réunissant des hordes d’adeptes qui réunissent assez de monde pour croire en ce qu’il font. Ils manipulent, tout comme le font les politiciens extrémistes. C’est exactement cela que je reproche à la religion. Je ne cherche aucunement à vouloir dissuader quiconque de croire, d’ailleurs, quel sens cette démarche pourrait-elle avoir ? Laissons les gens croire en ce qu’ils veulent. La liberté de culte est un droit de l’Homme. Le message de “House Of Worship” est de ne pas prêcher ou d’importuner les gens avec vos croyances, mais aussi de ne pas suivre le troupeau de moutons sans faire preuve d’esprit critique.

© Fanny Larcher | HARD FORCE


Cet album a, en quelque sorte, été réalisé en famille puisque ta fille occupe le rôle principal du clip de “Heksedans” (danse des sorcières en norvégien) et les filles de Mads ont pris part aux chœurs. J’imagine qu’en tant que pères vous devez ressentir une certaine fierté d’avoir pu partager cette expérience avec vos enfants ?

C’est exact, ma fille Jenny chante avec Marie et Louise, les filles de Mads sur “Heksedans” et “Killer Spirit (From Outta Hell)”. Ma fille ainée, Stella, joue aussi le rôle principale sur le clip-vidéo de “Heksedans”. C’est en effet génial que nos filles aient souhaité participer. Cela donne un sens particulier, bien plus fort en tant que membre du groupe, compositeur et interprète. Espérons que cela apporte aussi un plus à notre public. Cela me rend fier et je pense que les filles le sont tout autant de s’entendre et se voir elles-mêmes.

Concernant “Heksedans”, il s’agît d’une chanson populaire en Norvège composée par Jan Eggum, originaire, comme les membres de SAHG, de Bergen. Vu de France, Eggum est un inconnu. Peux-tu nous dire ce qu’il représente pour toi et pourquoi avoir choisi de reprendre “Heksedans” ?

Ce serait faux de dire que j’ai toujours été fan de Jan Eggum. Mais, il fait partie de ces artistes qui ont toujours été présents et pour qui mon respect a grandi au fil des années. C’est ainsi que lorsque je cherchais une chanson à reprendre, je suis tombé sur “Heksedans”. C’était assez étrange car cette chanson passe de temps en temps à la radio et cela depuis mon enfance. (NDLR : “Heksedans” est la chanson-titre du troisième album de Jan Eggum, sorti l’année de la naissance d’Olav Iversen). D’une certaine manière, sans que j’ai pu en avoir conscience, elle s’est immiscée dans mon esprit au point de faire partie de ma vie. Même si ce n’est qu’une infime partie de celle-ci, c’est comme si elle avait toujours été présente et je l’ai probablement entendue une centaine de fois auparavant. L’aborder en vue de la faire sonner comme une chanson de SAHG, m’a permis de l’écouter de manière complètement différente. J’ai alors réalisé qu’avec son riff inquiétant, ses paroles sombres et son refrain puissant qui revient tout au long du morceau, elle pouvait parfaitement faire l’objet d’une chanson de heavy metal. J’ai immédiatement eu les idées claires sur la manière dont nous devions la jouer et il était évident qu’il nous fallait l’essayer. Nous l’avons donc jouée lors d’une répétition et cela a parfaitement fonctionné. Nous étions tellement enthousiastes que nous l’avons immédiatement enregistrée dès le lendemain, et ça s’est bien passé. C’est tout naturellement qu’elle a fini sur l’album.

Après la sortie de « Born Demon », vous avez donné quelques concerts en Norvège. Quel est votre sentiment sur ces premières dates ?  

C’était fantastique de voyager à nouveau à travers la Norvège et de donner ces concerts. Cela faisait si longtemps que nous ne l’avions pas fait et nous ne savions pas à quoi nous attendre. Mais jouer dans ces petits clubs intimes, nous a permis d’avoir une relation réellement proche avec les fans, et nous avons vraiment pu physiquement ressentir leurs réactions. Et elles étaient tout simplement géniales ! On pouvait alors dire qu’avec ces nouvelles chansons nous avions atteint quelque chose d’essentiel qui nous avait reconnectés avec le public. Une fois encore la rencontre avec les fans qui apprécient vraiment notre musique, nous a montré l’importance qu’elle a pour eux et cela est très gratifiant. Tout ça rend les choses bien plus réelles que le simple fait de travailler derrière des portes closes dans notre local de répétitions ou en studio, et c’est aussi très inspirant pour aller de l’avant.

Si vous avez réussi à transformer SAHG en trio, vous allez tout de même jouer d’anciens titres sur scène. Envisagez-vous de recruter un second guitariste pour les concerts ou bien vous adapterez les chansons pour qu’elles puissent être jouées avec une seule guitare ?

Non, il n’est pas question de recruter un second guitariste pour le live. Nous assurerons désormais tout à trois. C’est une décision définitive qui impose des limitations sur les anciennes chansons que nous pouvons ou pas jouer en concert, mais c’est ainsi. Ceci dit, nombre de ces chansons fonctionnent très bien avec une seule guitare, même si bien sûr certaines sont devenues impossibles à jouer maintenant que nous sommes devenu un trio.

SAHG ne semble pas être un mot norvégien et en cherchant un acronyme, on trouve “Stay At Home Grandma”. Pourquoi ce nom et que signifie-t-il en réalité ?

Hé hé hé… Je ne le révélerai pas car c’est devenu un secret bien gardé. J’aime que les gens puissent avoir des théories différentes sur ce que peut signifier SAHG. Cela pourrait être “Sinners At Hell’s Gate” (“Les pêcheurs aux portes de l’enfer”) ou “Santa Always Hated Gifts” (“Le Père-Noël a toujours détesté les cadeaux”), mais ce que je peux te dire c’est que cela n’a rien avoir avec le fait que la grand-mère de quiconque doive rester à la maison.

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