“Will of the People” : Muse à l’heure du bilan

Quatre ans après Simulation Theory (2018), Muse est de retour depuis le 26 août avec un nouvel opus : Will of the People, dont les titres Won’t Stand Down et Compliance avaient déjà été dévoilés l’hiver dernier. Composé entre Londres et Los Angeles, il s’agit, depuis leur formation en 1992, du neuvième projet mené par Matthew Bellamy, Christopher Wolstenholme et Dominic Howard.

La genèse de Muse

Lorsqu’ils se rencontrent sur les bancs du Teignmouth Community College, les trois artistes tout juste âgés de 14 ans, se font tour à tour appeler les Gothic Plague, les Carnage Mayhem, puis les Rocket Baby Dolls, avant de prendre le nom officiel de Muse en 1994.

Un nom original, « court et puissant, qui passe bien sur une affiche de concert », comme le souligne l’autodidacte Matthew Bellamy. Pourtant, dans les années 1990, les seuls concerts dans lesquels se produit le groupe restent ceux des bars locaux et des Battle of Bands – ces concours musicaux organisés à travers la Grande-Bretagne. Grands vainqueurs de l’édition en 1994, ce n’est en revanche qu’en 1997, après avoir enchaîné les petits boulots, abandonné l’université et produit des démos aujourd’hui perdues, que Muse partage sa première création, Newton Abbot Demo.

Les Muses du rock

C’est à partir de ce moment-là que tout s’enchaîne pour le groupe. Ils font la rencontre de Dennis Smith, le propriétaire de la maison de disques Sawmills, grâce à qui ils sortent Muscle Museum (1998). Ils attirent alors l’attention de la critique et signent chez de nombreux labels internationaux. En 1999, leur premier album, Showbiz, largement influencé par les envolées lyriques de Radiohead, leur permet d’assurer la première partie des Foo Fighters, ainsi que des Red Hot Chili Peppers, aux États-Unis. Muse fait aussi le tour de l’Europe et multiplie les festivals à travers le continent.

Deux autres albums voient ensuite respectivement le jour : Origin of Symmetry, puis Absolution. Grâce à ce dernier et aux titres Stockholm Syndrome, Time is Running Out et Hysteria, le groupe connaît un succès planétaire. Il remplit désormais les zéniths, bat les records de ventes et part en tournée. Absolution reste l’un des albums les plus sombres du groupe à ce jour – notamment marqué par la Guerre en Irak.

Les crises et l’instabilité du monde ont souvent été au cœur des chansons composées par le leader du groupe, Matthew Bellamy. Ce fut le cas dans Drones (2015) qui évoquait la Troisième Guerre mondiale, l’écologie et l’absence d’empathie.

C’est aussi le cas de leur dernier album Will of the People, dont la direction incombe principalement à Dominic Howard, le batteur du groupe. Muse aborde ici l’autoritarisme, les violences domestiques pendant le confinement, le deuil, les catastrophes naturelles ou encore la paranoïa, à travers les titres Ghosts, You Make Me Feel Like It’s Halloween et We are Fucking Fucked. Il s’agit de leur composition la plus éclectique à ce jour : Will of the People mélange à la fois la pop, le rock, le métal et la musique électronique.

Si le groupe anglo-saxon emprunte beaucoup au rock alternatif, il a toujours inclus différents styles dans ses albums. En témoigne la production de Black Holes and Revelations, sorti en 2006. Si Supermassive Black Hole, le titre phare de ce quatrième album, tire de nombreuses influences rock et grunge, l’opus réunit aussi des sonorités électroniques proches de Queen, Abba et Depeche Mode. Une patte que Matthew Bellamy, passionné par le paranormal, le surnaturel et les nouvelles technologies, a souvent intégrée dans ses paroles, mais aussi dans les clips du groupe.

Muse utilise également de nombreuses références à la musique classique, comme sur Exogenesis, ou des sonorités asiatiques sur United States of Eurasia – deux morceaux extraits de leur cinquième album, The Resistance (2009). Pour cet opus, le groupe s’entoure d’un orchestre avec lequel il règle chaque arrangement.

Des bêtes de scène

Mais Matthew Bellamy et ses deux acolytes sont aussi de véritables showmen. Déjà lors des Battle of Bands des années 1990, les trois artistes arrivaient le visage entièrement maquillé sur scène. Dans les années 2000, le leader du groupe invente un personnage totalement déjanté, aux couleurs de cheveux improbables, cassant jusqu’à 140 guitares par tournées – un record – et allant même jusqu’à blesser involontairement son camarade, Dominic Howard. Des prestations impressionnantes qui vaudront à Muse de nombreux prix scéniques durant les cérémonies de récompenses.

Le groupe prend aussi très au sérieux les obligations de la scène. Ils ont par exemple toujours refusé de performer en playback, en témoigne leur amusant passage à la télévision italienne, lors duquel les trois membres avaient changé de place pour dénoncer cette pratique, mais aussi montrer l’humour décapant du trio.

Plus tard, ils remplissent des stades et se produisent lors de « mégas concerts ». Le groupe a alors de l’ambition : chaque tournée, première partie ou sortie de single est l’occasion de réaliser un tour de force promotionnel. Matthew Bellamy confie même en 2010 qu’il aimerait que son groupe soit le premier à se produire dans l’espace.

Néanmoins, en 2012, avec la sortie de son sixième album, The 2nd Law, le groupe revient à des créations plus intimistes. Une volonté qui se poursuit avec Drones en 2015, Simulation Theory en 2018, et aujourd’hui avec Will of The People.

À l’occasion de la sortie de l’album et de leur tournée européenne (sept dates au total), Muse troque ici le Stade de France contre la Salle Pleyel à Paris, le 25 octobre 2022, pour un concert en comité restreint. Autour du triptyque guitare, basse et batterie, le groupe jouera ses morceaux les plus cultes, mais surtout ses nouveaux titres, après trois passages dans les festivals français cet été.

Des riffs de guitare électrique rappelant leurs débuts, la musique électro qui a fait leur succès dans les années 2000, et même une ballade au piano « façon Adèle », cet album bilan représente la virtuosité et la réinvention constante du groupe au fil des années. Une création nostalgique et originale que Matthew Bellamy, après avoir travaillé sur deux projets solos, n’hésite pas à décrire légitimement comme « leur meilleur album »… avant le prochain.

Will of The People, de Muse, 10 titres. Disponible depuis le 26 août 2022.

“Will of the People” : Muse à l’heure du bilan